telephone posé sur une table d'école avec un bandeau bleu en coin avec le titre de l'article : Pourquoi l’interdiction des réseaux sociaux peut-elle bénéficier aux jeunes des lycées professionnels ?

Pourquoi l’interdiction des réseaux sociaux peut-elle bénéficier aux jeunes des lycées professionnels ?

par Catherine Meyer, directrice du pôle « Valeurs » de l’Association C’Possible


Au moment où Mark Zuckerberg est convoqué à Los Angeles dans un procès sur le caractère « addictif » des réseaux sociaux, réjouissons-nous de voir nos députés proposer une loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et restreindre l’usage du téléphone au lycée.


Toute une génération a grandi avec un téléphone dans la poche et un public permanent au bout des doigts : likes, partages, comparaison continue, l’adolescence est devenue une scène excitante, mais virtuelle et dangereuse. Certains dénoncent une réaction excessive. D’autres parlent d’un sursaut nécessaire.


Dans nos lycées professionnels, nous observons chaque jour les effets d’un environnement saturé d’écrans : attention fragmentée, sommeil raccourci, estime de soi fragilisée par l’exposition constante au regard des autres.

Faut-il un âge légal minimum pour tiktok et instagram en France ?

De façon générale, depuis 2010, au moment où le smartphone devient permanent et où l’accès aux réseaux sociaux s’accélère, les indicateurs de détresse psychique explosent. Si la causalité se discute, la coïncidence, elle, est frappante. Et le terrain n’a pas le luxe d’attendre des certitudes parfaites.

 

La Drees montre une hausse depuis 2020 des hospitalisations (+183%) pour gestes auto-infligés, surtout chez les jeunes filles de 10-14 ans. Une étude récente, publiée dans PLOS Medicine, via un modèle de micro-simulation sur 18,6 millions d’adolescents nés entre 1990 et 2012, montre que l’excès de réseaux sociaux est associé à 590 000 cas supplémentaires de dépression, 799 décès par suicide.

 

Les inégalités sociales aggravent tout. Santé publique France vient de montrer que le temps d’écran est plus élevé dès l’enfance dans les milieux moins favorisés. Cela prépare des adolescences plus exposées, souvent moins entourées, avec moins d’alternatives. Dans certains quartiers, des parents préfèrent savoir leur enfant « à la maison, sur le téléphone » plutôt que dehors, là où existent des risques réels de mauvaises rencontres. Sortir pour décrocher des écrans n’est pas une option pour tout le monde.

 

Cela a été largement établi, les réseaux sociaux sont aujourd’hui conçus pour  créer une forte dépendance : notifications, likes, défilement infini, etc. Les géants de la Tech ne vendent pas seulement des applis mais du temps d’attention. Leur matière première, ce sont nos données. Plus la durée de connexion est longue, plus la dépendance s’accroît.

Les dangers des réseaux sociaux : jusqu’à 12h par jour de consultation

Dans nos ateliers, nous entendons, des élèves reconnaitre qu’ils passent parfois jusqu’à 12 heures par jour sur les réseaux sociaux. 12 heures ! Ce n’est pas un chiffre à brandir comme un record mais un symptôme. Et quand on fait le calcul avec les élèves, le vertige vous saisit : plus de 5 heures par jour – une moyenne sans doute sous-estimée- sur une année, ce sont 3 mois de vie. Du sommeil en moins. Des relations en moins. Des apprentissages en moins.

Comment réduire l’addiction des jeunes aux réseaux sociaux ?

En tant qu’intervenants bénévoles, nous faisons parler les jeunes. Nous les aidons à prendre conscience de certaines absurdités.  Ainsi nous leur racontons qu’en seconde, il y a bien longtemps, certains de nos professeurs fumaient en cours. Clope sur clope. Les élèves fumaient aussi. Nous avions posé des coquilles Saint-Jacques en guise de cendriers. Des nuages de fumée envahissaient la salle. À l’époque, cela nous semblait normal.

 

A l’écoute de ces témoignages, nos lycéens sont sidérés. Nous leur disons alors qu’eux aussi raconteront un jour à leurs enfants qu’ils consultaient leur téléphone en cours, en récréation, à la cantine, en marchant dans la rue, à la maison. Et que leurs enfants ne les croiront pas. Comme pour l’alcool ou le tabac, ce n’est pas aux enfants de se protéger seuls. C’est aux adultes d’intervenir…. 

 

Notre rôle n’est pas de diaboliser un objet si commun. C’est de protéger, donner des repères et redonner du pouvoir d’agir aux jeunes. Et de soutenir toute politique visant non pas à interdire les réseaux sociaux mais à les encadrer, notamment en relevant l’âge de la majorité numérique et en interdisant l’usage dans les lycées.

Texte publié dans La Croix

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