Par Bruno Massiet du Biest, membre du Conseil d’Administration et responsable du pôle « entreprises » de C’Possible.
L’IA redessine le marché du travail, c’est indéniable. Et dans cette recomposition, les jeunes issus des lycées professionnels ont une carte maîtresse : ils savent faire. Faire avec leurs mains, avec leur jugement, avec leur présence. Ils exercent des métiers en tension que la France ne parvient pas à pourvoir. Ils développent des compétences humaines que les algorithmes ne pourront jamais imiter. La question n’est pas de savoir si l’IA va les menacer. La question est de savoir comment ils vont s’en emparer pour travailler mieux, plus confortablement, et avec encore plus de valeur ajoutée.
Dans certains secteurs, l'IA est un assistant qui améliore le confort de travail
Les jeunes formés aujourd’hui seront les premiers à en bénéficier, d’autant que ces filières figurent en tête de la liste officielle des métiers en tension[1] :
- BTP et énergie : électricien, plombier-chauffagiste, couvreur, maçon, technicien CVC (froid et climatisation). Rien qu’en Ile de France, le secteur devrait créer 68 000 emplois d’ici 2027.
- Santé et aide à la personne : aide-soignant, auxiliaire de vie, accompagnant éducatif, agent de soins. Secteur en croissance continue sous l’effet de l’allongement de la l’espérance de vie de la population.
- Hôtellerie-restauration : cuisinier, chef de partie, employé polyvalent. La demande humaine de convivialité et de savoir-faire gastronomique résiste à toute numérisation.
- Industrie et maintenance : soudeur, chaudronnier, technicien de maintenance industrielle, carrossier. Selon BMO 2025 (France Travail), ces métiers affichent des taux de difficulté de recrutement supérieurs à 76 %.
- Logistique et transport : conducteur poids lourd, agent logistique. Les chaînes physiques d’approvisionnement continuent de requérir des humains sur le terrain.
L’IA va libérer ces professionnels des tâches les plus fastidieuses : rédaction de rapports d’intervention, gestion des stocks, prise de rendez-vous, suivi de dossiers. L’électricien de demain consacrera plus de temps à l’installation et moins à la paperasse. L’aide-soignante passera plus de temps auprès du patient et moins à la saisie administrative.
Mais l'IA génère aussi de nouveaux besoins qui correspondent aux profils formés dans les lycées professionnels.
Parmi les métiers émergents ou en forte croissance :
- Technicien en maintenance de systèmes automatisés : les robots et machines connectées ont besoin d’humains pour les entretenir.
- Installateur de bornes de recharge électrique et de panneaux solaires : la transition énergétique accélère les recrutements dans ces filières.
- Opérateur de supervision industrielle : surveiller et corriger les décisions des systèmes automatisés en usine ou en logistique.
- Assistant de soins augmenté : accompagner les patients en s’appuyant sur les outils de diagnostic numérique.
Agent de domotique et de bâtiment intelligent : installer et maintenir les équipements connectés dans les logements et bureaux.
Les compétences techniques et humaines que l'IA ne remplace pas
Ce qui différencie un professionnel du bâtiment, du soin ou de la restauration, c’est précisément ce que les algorithmes ne maîtrisent pas :
- Compétences techniques irremplaçables : le geste précis, le diagnostic en situation réelle, l’adaptation à l’imprévu, la lecture d’un environnement physique complexe. Un plombier intervient dans un appartement du XIXe siècle aux tuyaux d’origine ; un aide-soignant ajuste son protocole à l’état du patient ce matin-là ; un électricien détecte une anomalie dans une installation modifiée six fois.
- Compétences humaines essentielles : l’empathie, la communication, la capacité à rassurer, le sens de l’équipe, la gestion du stress et des urgences. Ces qualités relationnelles sont au cœur des formations en lycée professionnel. Elles constituent une valeur ajoutée que ni un robot ni un algorithme ne peut reproduire.
Au sein de C’Possible, nous entendons nous mobiliser pour que nos jeunes deviennent des utilisateurs éclairés de l’IA et non des spectateurs dépassés.
Nos intervenants intègrent déjà une sensibilisation sur la thématique IA – historique, décryptage et usages communs actuels – dans le cadre de nos ateliers-repères. Mais nous pouvons aller plus loin et les accompagner utilement, en leur montrant pourquoi l’IA doit venir « en plus » et non « à la place » de leurs compétences. La maitrise d’une sélection pertinente d’IA liée à leurs futurs métiers, fera partie de leurs CV au même titre que la mention de la maitrise d’outils informatiques ou de logiciels spécifiques. Avec le soutien de nos entreprises partenaires, nous pourrions aussi les mettre en contact avec des professionnels qui utilisent déjà l’IA dans leurs métiers. Un électricien qui utilise une application de diagnostic, une aide-soignante qui suit les alertes d’un bracelet connecté… des exemples qui montrent que la technologie est déjà là, et qu’elle aide. Une manière aussi de leur donner confiance dans leur capacité à appréhender ce nouvel enjeu.
[1] Arrêté du 21 mai 2025, Journal Officiel