Tribune de Philippe Varin, Président de l’association C’Possible et Denis Metzger, Président de Break Poverty

Pendant que 700 000 lycéens en terminale professionnelle passent leurs épreuves de baccalauréat, une question s’impose : qui sera là pour eux à la sortie ? Et cette question pose celle de la responsabilité éducative de l’entreprise.

 

Nombre de métiers en tension les attendent : industrie, énergie, bâtiment, soin, logistique, hôtellerie, restauration …. Ils forment le bataillon de secteurs qui peinent à recruter et dont dépend la compétitivité de notre économie. Et plus l’intelligence artificielle automatisera certaines tâches répétitives, plus leurs compétences humaines, techniques, opérationnelles et relationnelles deviendront précieuses.

 

L’enjeu est à la fois social, éducatif et économique. Il participe directement à l’égalité des chances et à la lutte contre le déterminisme social. Il est national. Il est urgent.

 

L’État s’est mobilisé. Avec la réforme de 2023, la gratification des stages et la création des bureaux des entreprises ont produit des résultats tangibles. Le déploiement du dispositif « AvenirPro » en 2025 a prolongé cette dynamique, en mobilisant lycées professionnels, France Travail et missions locales.

 

Le terrain, lui aussi, est en mouvement. Partout en France, aux côtés de l’Education Nationale, des associations, des enseignants, des chefs d’établissement, des collectivités et des fondations inventent chaque jour de nouvelles formes de coopération pour connecter les jeunes au monde économique. Les entreprises accueillent des stagiaires, ouvrent leurs ateliers, engagent leurs salariés dans le mentorat. Ces initiatives changent des trajectoires de vie.

Mais soyons lucides : ces avancées ne suffisent pas.

Chaque année, près de 100 000 jeunes décrochent encore du système scolaire, la voie professionnelle concentrant l’essentiel des décrocheurs : près des 2/3 des non diplômés sont passés par cette voie. Plus de 1,5 million des jeunes de 15 à 29 ans ne sont aujourd’hui ni en emploi, ni en études, ni en formation, tandis que France Travail recense simultanément 500 000 emplois durablement non pourvus. Ce rendez-vous manqué est un échec collectif que nous n’avons plus le droit de tolérer.

 

Au-delà des initiatives individuelles formidables qui existent sur tous les territoires, le problème est leur dispersion. Chacun agit dans son périmètre, avec ses faibles moyens, selon sa temporalité. Les bonnes pratiques ne circulent pas, les ressources ne se mutualisent pas. Résultat : le changement d’échelle reste hors de portée.

 

L’urgence nous oblige : Nous en appelons à une alliance mobilisant la responsabilité éducative des entreprises pour le lycée professionnel.

 

Une alliance structurée permettrait d’amplifier ce qui fonctionne déjà, de le rendre visible, durable et accessible à tous les territoires. Car aucun acteur ne peut, seul, résoudre les défis de l’insertion et du décrochage. Cette alliance génèrerait des partenariats entre les acteurs de l’entreprise et les équipes pédagogiques des lycées professionnels. Jumelages, parrainages de classe, mentorats… Partout en France, la proximité, dans la durée, entre ces acteurs, contribuerait localement à l’évolution rapide des métiers enseignés et changerait définitivement le regard posé par le lycée sur l’entreprise et celui de l’entreprise sur le lycée. 

 

Dans une économie frappée par la pénurie durable de compétences, les entreprises ne peuvent plus se contenter de consommer des qualifications produites ailleurs. Elles doivent s’investir massivement dans l’avenir de la génération montante. S’engager auprès des lycées professionnels, c’est aussi pouvoir adosser sa politique de responsabilité sociale à des indicateurs de performance réels, taux d’insertion, jeunes accompagnés, partenariats noués, bien loin des déclarations d’intention.

 

La réforme de l’apprentissage l’a démontré : quand les acteurs convergent autour d’un objectif commun, les résultats suivent. Il est temps de reproduire cette réussite pour les 700 000 jeunes qui fréquentent chaque année nos lycées professionnels. Nous appelons entreprises, fédérations professionnelles, associations et fondations à réaliser une alliance éducative entre entreprises et lycées professionnels. L’avenir des jeunes ne peut pas attendre. Il en va de notre responsabilité.

 

Retrouvez la tribune Les Echos

 
Devenez bénévole chez C'Possible !

Vous avez envie de donner du sens à votre temps libre et d’accompagner des jeunes en difficulté ? Vous êtes au bon endroit ! C’Possible recherche des bénévoles passionnés et motivés pour faire la différence auprès de jeunes lycéens professionnels.

Découvrez nos autres actualités !

Bac pro 2026 : le sprint final a commencé !

L'association C'Possible intervient tout au long de l'année dans les lycées professionnels pour aider les élèves à construire leur parcours d'orientation.

NEET en France: investissons dans des stratégies de prévention précoce !

Le chiffre fait froid dans le dos. En France, plus d’1,5 million de jeunes sont des « NEET » c’est à dire qu’ils sont sans emploi, études ou formation.

Lycées professionnels: des jeunes parfaitement employables

Les filières de l’électrique ont des besoins et recrutent dans les Hauts-de-France. Jusque sur les bancs du lycée. Pour les électriciens du bâtiment - 3 700 recrutements en 2025 - et des techniciens de maintenance
Campagne 2026

Soutenez les jeunes avec votre taxe d'apprentissage

Fléchez votre solde vers C'Possible en quelques clics sur SOLTéA.

En savoir plus