À l’occasion des Semaines d’information sur la santé mentale (SISM 2026, du 5 au 18 octobre), Catherine Meyer, bénévole et administratrice de C’Possible, co-responsable du pôle Valeurs, et directrice du département psychologie et sciences humaines aux éditions des Arènes, partage son regard sur ces enjeux et sur le rôle que peut jouer l’association sur la santé mentale des lycéens professionnels. Confiance en soi, orientation, capacité à demander de l’aide : elle explique les défis propres aux jeunes de lycée professionnel, et comment des clés concrètes peuvent les aider à « tenir debout ».
On parle beaucoup de la santé mentale des jeunes. Est-ce vraiment préoccupant ?
Oui. Près d’un lycéen sur cinq présente aujourd’hui un risque important de dépression*. Et les hospitalisations pour gestes auto-infligés ont fortement augmenté surtout chez les adolescentes. On constate aussi, avec l’embrasement récent des lycées, un mal-être profond.
Mais il faut éviter de dire que toute une génération va mal. Ce qui est certain, c’est que ces jeunes ont grandi dans un environnement déstabilisant : le Covid, les réseaux sociaux, les écrans omniprésents, et maintenant l’IA.
Leur sommeil, leurs relations sociales, leur attention, leur image d’eux-mêmes, tout a été bouleversé. Cela ne provoque pas mécaniquement des troubles psychiques. Mais ce sont de nouveaux défis qui surviennent à un âge difficile et nous devons les aider à faire face.
Les jeunes des lycées professionnels sont-ils particulièrement concernés ?
Ce que nos bénévoles détectent chez les jeunes en lycée professionnel, c’est surtout une confiance en soi abîmée. Certains ont subi leur orientation. Ils ont pu intégrer très tôt l’idée qu’ils étaient moins bons à l’école, moins capables, qu’ils avaient moins de possibilités devant eux.
Et quand on a peu confiance en soi, il est plus difficile de faire face à un échec, de réguler ses émotions, de demander de l’aide ou simplement de se projeter. D’où une plus grande fragilité mentale.
C’est précisément là que nous pouvons agir. Pour prévenir, donner des repères.
Concrètement, que peut faire C’Possible pour la santé mentale des jeunes ?
C’Possible n’est pas là pour soigner. Nous ne sommes pas des thérapeutes : nous intervenons en amont, sur ce qui aide un jeune à tenir debout : avoir confiance en soi, comprendre ses émotions, découvrir ses forces, persévérer, créer des liens, demander de l’aide et se projeter dans l’avenir.
C’est ce que nous travaillons dans nos ateliers : par la discussion, des mises en situation, des rencontres.
Un atelier ne change pas une vie, mais il peut provoquer un déclic : « J’ai des ressources. Je peux agir. Je ne suis pas condamné à subir. » Il peut jouer sur le climat scolaire si important dans les enjeux de décrochage ou de harcèlement.
La santé mentale, c’est aussi cela : avoir des ressources pour faire face quand ça va moins bien.


